La Nature dénaturée

série de 18 panneaux - 30 x 110 cm - 2025 

enduit terre et sable de récupération issus des parcs et  jardin de la ville de Nancy, placo BA13, bois

Pièce réalisée et présentée au musée de l’école de Nancy en septembre 2025.

Cette installation in situ s’est construite en plusieurs étapes : Le thème de la résidence étant la façade du bâtiment de 1920, où l’on retrouve les bas-reliefs en ciment coloré des Magasins Réunis d’Eugène Corbin, le propriétaire de la maison, j’ai donc décidé de me concentrer sur une forme : le bas-relief, à mi-chemin entre le dessin et la sculpture, motif emprunté au monde de la décoration.

Pour ce faire, j’ai choisi d’utiliser une technique spécifique : l’enduit en terre crue. Ce matériau a cela de fabuleux qu’il peut se fabriquer à partir de la terre du jardin. Emprunté aux techniques de bâtis anciens, j’ai pu confectionner mon enduit avec de la terre et du sable récoltés auprès des agents des Parcs et Jardins de Nancy. Une fois les matériaux tamisés, j’ai pu sculpter et ciseler les dix-huit panneaux qui composent l’œuvre. Ensuite, ayant choisi d’installer mon travail dans l’aquarium du musée, c’est naturellement que j’ai pensé aux plantes d’eau. Présentes dans les marais nancéiens et chères aux artistes de l’École de Nancy elles sont présentes en nombre dans les collections du musée. Ainsi, nous retrouvons sur ces panneaux l’arum, la flèche d’eau des algues, des feuilles de nymphéa, etc.

Dans cette recherche l’observation des dessins et vases à thème d’Émile Gallé m’ont beaucoup aidé. Le titre, fait écho au roman de Vercors. Au cours de ma résidence, j’ai appris que l’École de Nancy était contemporaine des premières expériences d’horticulture et de création de nouvelles espèces florales. Souvent également botanistes, les artistes s’inspiraient autant de la nature dite « naturelle » que de ce bond en avant que représentait cette science à l’époque. La modification du vivant pour satisfaire nos désirs esthétiques, ou bien plus vitaux comme peuvent l’être les recherches agronomiques, pose bien la question du rapport que l’on entretient avec lui.

Question contemporaine s’il en est : la nature dénaturée que je propose ici est bien une représentation figée, presque fossilisée, de plantes hybrides et irréelles. Peut-elle encore porter le nom de nature ?